Moscou et Téhéran unis contre l’hégémonie occidentale

Accord stratégique Russie-Iran : simple rapprochement ou tournant géopolitique majeur ?

Moscou et Téhéran unis contre l’hégémonie occidentale

Accord stratégique Russie-Iran : simple rapprochement ou tournant géopolitique majeur ?

​Le 17 janvier 2025, la Russie et l'Iran ont signé un accord de partenariat stratégique global, marquant une étape significative dans les relations entre les deux nations. Cet accord intervient dans un contexte de tensions accrues avec l'Occident et reflète une volonté commune de renforcer leur coopération face aux pressions internationales.​

Cet accord, signé au Kremlin par le président iranien Massoud Pezeshkian et le président russe Vladimir Poutine, intervient trois jours avant l’investiture du président Donald Trump à la Maison-Blanche. Lors de son premier mandat, ce dernier était partisan d’une politique appelée “pression maximale” contre l’Iran, visant à exercer une pression économique et diplomatique intense sur le régime iranien. Cette stratégie s’est notamment traduite par la réimposition de sanctions économiques en 2020 afin d’isoler l’Iran sur la scène internationale et de le forcer à la négociation d’un nouvel accord nucléaire plus strict.​

Face à la politique étasunienne, l’Iran s’est ainsi orienté davantage vers la Russie et la Chine. Le partenariat de coopération qu’entretiennent l’Iran et la Russie depuis 2001 a ainsi été renouvelé après quatre ans d’attente. L’ancien président Ebrahim Raïssi, décédé en mai 2024, avait déjà entamé les discussions avec la Russie, mais plusieurs différends avaient retardé son aboutissement.​

ÉvénementChiffres clés
2001 : Signature du premier accord de coopération entre l’Iran et la Russie.20 ans : Durée du nouvel accord signé en 2025.
2014 : Annexion de la Crimée par la Russie, début des sanctions occidentales.Shahed-136 : Drone iranien utilisé en Ukraine depuis 2022.
2020 : Sanctions américaines contre l’Iran sous la politique de “pression maximale” de Trump.+50 % : Augmentation des échanges commerciaux entre Moscou et Téhéran en 2023.
2022 : L’Iran fournit des drones kamikazes à la Russie pour la guerre en Ukraine.10 Mds$ : Investissements russes en Iran dans le secteur énergétique.
Mai 2024 : Décès du président iranien Ebrahim Raïssi.5 000 : Nombre de drones iraniens livrés à la Russie depuis 2022.
Juin 2024 : Signature du traité de partenariat stratégique entre la Russie et la Corée du Nord.3 jours : Délai entre la signature de l’accord Iran-Russie et l’investiture de Trump.
17 janvier 2025 : Signature de l’accord stratégique entre la Russie et l’Iran.1 000 km : Portée estimée des drones Shahed-136 utilisés par la Russie.

Bien que cet accord porte sur le même système de coopération qu’entre la Russie et la Corée du Nord, il ne prévoit pas l’envoi de soldats iraniens en Ukraine. Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste de l’Iran, souligne que « l’Iran est un pays très sourcilleux concernant sa souveraineté et ne verrait pas l’intérêt d’envoyer des soldats se faire tuer en Ukraine. »​

Selon Clément Therme, spécialiste des relations Iran-Russie, cet accord serait un coup de communication stratégique de la part de la Russie “pour montrer que la Russie n’est pas isolée et qu’elle est un rival des Etats-Unis”. De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que ce traité avait pour objectif de “développer les capacités” des deux Etats afin “d’assurer une capacité de défense fiable”. Quant à lui, Abbas Araghchi affirme remplacer par cet accord “l’hégémonie – sous-entendue occidentale – par la coopération” ; il voit dans ce partenariat un “pas vers la création d’un monde plus juste et équilibré”.​

Les sanctions économiques imposées à la Russie et à l’Iran depuis plusieurs années ont accéléré leur rapprochement. Privés d’accès aux marchés occidentaux, les deux pays développent des alternatives : échanges en monnaies locales, corridors commerciaux autonomes et coopération renforcée dans le secteur de l’énergie.

L’accord signé vendredi prévoit aussi des échanges « dans le domaine des utilisations pacifiques de l’énergie atomique », notamment « la construction d’installations d’énergie nucléaire ». Le 17 janvier 2025, le président iranien Massoud Pezechkian a signé un traité majeur à Moscou avec Vladimir Poutine, renforçant la coopération militaire, économique et culturelle entre les deux pays. Bien que l’accord ne contienne pas de clause de défense mutuelle, il définit le cadre dans lequel la relation russo-iranienne pourrait se renforcer au cours des décennies à venir.

Cet accord, d’une durée de 20 ans, prévoit une coopération dans de nombreux domaines, notamment l’énergie nucléaire, la lutte contre le terrorisme et les questions environnementales. En 2022, dans le contexte de l’invasion russe de l’Ukraine, l’Iran soutien l’armée russe en lui fournissant des drones kamikazes iraniens Shahed-136 pour bombarder Kiev. Le 17 janvier 2025, Le président iranien Masoud Pezeshkian et le président russe Vladimir Poutine signent le traité de partenariat stratégique global entre l’Iran et la Russie. Cet accord, d’une durée de 20 ans, prévoit une coopération dans de nombreux domaines, notamment l’énergie nucléaire, la lutte contre le terrorisme et les questions environnementales.

Une alliance stratégique sans précédent

Ce rapprochement stratégique entre Moscou et Téhéran s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec l’Occident, notamment en raison des sanctions économiques imposées aux deux pays. ​ Les deux nations cherchent à renforcer leur coopération militaire et à développer des projets communs dans le secteur de l’énergie. ​ Ce partenariat stratégique pourrait également avoir des implications pour la situation en Ukraine, où la Russie est engagée dans un conflit depuis 2022. ​

L’Iran, de son côté, voit dans cette alliance une opportunité de renforcer sa position régionale et de contrer l’influence occidentale au Moyen-Orient. La signature de cet accord intervient également dans un contexte de rapprochement entre la Russie et la Corée du Nord, qui ont signé un traité de partenariat stratégique en 2024. ​ Ce traité prévoit une assistance mutuelle en cas d’agression et renforce la coopération militaire entre les deux pays. La Russie cherche ainsi à consolider ses alliances face aux pressions occidentales et à montrer qu’elle n’est pas isolée sur la scène internationale. 

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la Russie a besoin de partenaires économiques et stratégiques pour compenser son isolement diplomatique. L’Iran lui offre non seulement un soutien militaire, mais aussi une porte d’entrée vers les marchés asiatiques et moyen-orientaux.

L’accord signé entre l’Iran et la Russie marque un tournant dans la stratégie diplomatique des deux nations. En officialisant un partenariat global, Moscou et Téhéran réaffirment leur volonté de s’affranchir de l’ordre mondial dominé par l’Occident et d’établir un contrepoids à l’influence des États-Unis. Le document, dont la durée est fixée à 20 ans, encadre une coopération militaire, énergétique et économique ambitieuse.

Si l’entente entre les deux pays ne prévoit pas explicitement d’assistance militaire en cas d’agression, elle ouvre néanmoins la voie à un approfondissement des relations en matière de défense et de sécurité. Depuis 2022, l’Iran est déjà un partenaire clé de la Russie dans le domaine militaire, fournissant des drones Shahed-136 utilisés dans la guerre en Ukraine. Le traité permet également d’élargir les échanges technologiques, y compris dans le domaine nucléaire.

Un rapprochement accéléré par la guerre en Ukraine

Le timing de cet accord, conclu seulement trois jours avant l’investiture du président américain Donald Trump, renforce son poids symbolique. Après une présidence Biden marquée par une volonté de retour à la diplomatie multilatérale, le retour de Trump pourrait signifier un regain de tensions avec l’Iran et une pression accrue sur la Russie. Face à ces incertitudes, Moscou et Téhéran ont choisi de consolider leur alliance avant toute éventuelle escalade.

L’alliance stratégique entre la Russie et l’Iran ne s’est pas bâtie en un jour. Déjà en 2001, un premier accord de coopération bilatérale posait les bases de leur relation. Mais c’est véritablement à partir de 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie et la mise en place des premières sanctions occidentales, que le rapprochement s’accélère.

L’alliance stratégique entre la Russie et l’Iran s’inscrit dans une dynamique plus large impliquant la Chine, qui a signé un accord de 25 ans avec Téhéran en 2021 pour renforcer leurs échanges économiques. Ces trois puissances cherchent à contourner les structures dominées par l’Occident, notamment le dollar et le système financier international.

À partir de 2022, l’Iran devient un acteur clé du conflit en Ukraine, en fournissant à l’armée russe des drones kamikazes Shahed-136 qui lui permettent d’intensifier ses frappes aériennes sur Kiev et d’autres villes ukrainiennes. Téhéran a toujours nié une quelconque implication directe, mais les analyses des débris et les déclarations de Washington confirment son rôle croissant.

La mort du président iranien Ebrahim Raïssi en mai 2024 aurait pu ralentir les négociations, mais son successeur, Massoud Pezeshkian, a poursuivi la même ligne diplomatique, finalisant l’accord avec Vladimir Poutine. En parallèle, la Corée du Nord et la Russie signaient, en juin 2024, un traité similaire qui prévoit une assistance militaire en cas d’agression extérieure.

Un partenariat d’abord énergétique et technologique

Si l’aspect militaire du traité attire l’attention, il ne faut pas sous-estimer l’importance des volets énergétique et technologique. L’Iran et la Russie collaborent depuis longtemps dans le domaine nucléaire. L’accord de janvier inclut explicitement une coopération dans le développement de l’énergie atomique à usage civil.

Moscou a déjà aidé Téhéran à construire la centrale nucléaire de Bouchehr, qui est aujourd’hui un élément clé du programme énergétique iranien. Avec cet accord, la Russie pourrait fournir une assistance technique pour l’extension des capacités iraniennes, malgré l’opposition des États-Unis et d’Israël.

En parallèle, la Russie et l’Iran cherchent des alternatives aux circuits financiers occidentaux. Depuis 2022, Téhéran est exclu du système SWIFT, tout comme plusieurs banques russes. En réponse, les deux pays accélèrent le développement de systèmes de paiement alternatifs et d’une coopération en monnaies locales, réduisant leur dépendance au dollar américain.

Crédit image : Shutterstock Gevorg Ghazaryan

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