Le 29 juin 2023, le parquet de Marseille a révélé un chiffre alarmant : 114 victimes de fusillades liées au trafic de drogue depuis le début de l’année, dont une proportion significative de mineurs. Selon le média 20 Minutes, 14 % de ces victimes avaient entre 14 et 17 ans. Les réseaux sociaux, notamment des messageries cryptées comme ECC ou CryptoChat, sont devenus des outils privilégiés pour le recrutement de ces jeunes, les exposant à des risques tels que l’exploitation, la torture, le racket, la séquestration ou les menaces.
En 2022, 6,1 % des victimes d’homicides à Marseille étaient des mineurs. Ce chiffre a doublé en 2023, atteignant 12,7 %, selon BFMTV Marseille. Les missions criminelles confiées à ces jeunes dans certains quartiers sensibles les rendent vulnérables face aux bandes rivales et à leurs méthodes meurtrières, les exposant à une violence sans précédent, incluant des attaques à l’arme blanche ou des brûlures mortelles. Parmi les 47 morts liées au trafic de stupéfiants en 2023 à Marseille, sept étaient mineurs, et 11 % des personnes mises en cause dans ces affaires avaient entre 14 et 17 ans, selon Ouest France.
Dates clés des actualités importantes | Chiffres clés du sujet |
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2022 : 6,1 % des victimes d’homicides à Marseille étaient mineures. | 114 : Nombre total de victimes de fusillades liées au trafic de drogue depuis le début de l’année 2023 à Marseille. |
2023 : 12,7 % des victimes d’homicides à Marseille étaient mineures. | 14 % : Proportion de victimes du narcobanditisme âgées de 14 à 17 ans en 2023. |
29 juin 2023 : Annonce du parquet de Marseille concernant les 114 victimes de fusillades liées au trafic de drogue depuis le début de l’année. | 11 % : Proportion des personnes mises en cause dans les affaires de trafic de stupéfiants ayant entre 14 et 17 ans en 2023. |
2023 : 47 morts liées au trafic de stupéfiants à Marseille, dont sept mineurs. | 50 000 € : Somme promise à un adolescent de 14 ans pour un contrat de tueur à gages. |
2023 : Le foyer Calendal prend en charge une cinquantaine de mineurs impliqués dans des réseaux de trafic de drogues. | 2 000 € : Montant proposé à un adolescent de 15 ans pour incendier la porte d’un rival. |
2023 : Visite du ministre de l’Intérieur à Marseille pour proposer un plan de lutte contre le narcobanditisme. | 25 ans : Peine de prison prononcée contre un jeune de 18 ans pour séquestration et actes de torture. |
Les foyers pour mineurs à Marseille, tels que le foyer Calendal, constituent des refuges pour échapper à la criminalité liée au trafic de drogue. Selon BFMTV Marseille, ce foyer prend en charge une cinquantaine de mineurs placés par le Service d’aide et de protection à l’enfance (ADE), dont la plupart étaient impliqués dans des réseaux de trafic de drogues.
Face à ces violences, le ministre de l’Intérieur s’est rendu à Marseille pour proposer un plan de lutte contre le narcobanditisme.Lors d’un entretien avec le collectif marseillais de familles de victimes, le ministre a été interpellé sur la nécessité de créer un statut de repenti pour les jeunes souhaitant quitter les réseaux, ainsi que sur la mise en place de moyens de prévention concernant le recrutement via les réseaux sociaux. Le ministre a reconnu le rajeunissement des victimes et des auteurs dans le trafic de drogue et a annoncé la création d’un parquet spécifique à la lutte anti-stupéfiants, une initiative saluée par le collectif.
Les réseaux sociaux ne sont plus seulement un outil de communication : ils sont devenus un levier d’endoctrinement et d’exploitation pour les réseaux de trafic de drogue, qui adaptent leurs méthodes aux habitudes numériques des jeunes générations.
La DZ Mafia, également connue sous le nom de Dzaïr Mafia, est un cartel de la drogue originaire des quartiers nord de Marseille. Fondée par Mehdi Abdelatif, alias « Tic », et Lamine Laribi, alias « Tac », cette organisation criminelle est impliquée dans diverses activités illicites, notamment le trafic de stupéfiants, les assassinats, le trafic d’armes et l’extorsion. La DZ Mafia a étendu son influence au-delà de Marseille, s’implantant dans plusieurs régions françaises et même à l’étranger.
En 2023, une guerre sanglante a éclaté entre la DZ Mafia et le gang rival Yoda. Ce conflit a été marqué par une série d’assassinats et de violences extrêmes, impliquant souvent de jeunes recrues. Par exemple, en août 2023, une équipe de tueurs récemment recrutés par la DZ Mafia a été interpellée à la suite du meurtre de Dylan, un ancien membre de la DZ Mafia qui avait rejoint le gang Yoda. Ce meurtre s’est déroulé dans le 14e arrondissement de Marseille, illustrant la brutalité de cette guerre des gangs.
Les réseaux sociaux : une porte d’entrée vers le crime organisé
L’évolution des modes de recrutement dans le trafic de drogue à Marseille reflète l’empreinte grandissante du numérique sur les dynamiques criminelles. Les organisations de narcobanditisme s’appuient désormais sur des applications de messagerie chiffrée, telles que ECC et CryptoChat, pour recruter, coordonner et superviser les activités de leurs jeunes recrues. Ce mode opératoire leur permet de contourner les écoutes téléphoniques traditionnelles, de préserver leur anonymat et d’instaurer un climat de défiance entre les membres des réseaux, empêchant toute coopération avec les autorités.
Un rapport de la police judiciaire souligne que le recrutement sur Snapchat et Instagram s’est intensifié depuis 2021. L’approche est insidieuse : des messages aguicheurs promettent des rémunérations rapides en échange de tâches « simples », comme la livraison de colis ou la surveillance d’un point de deal. Ce n’est qu’une fois engagés que les adolescents réalisent qu’ils sont pris dans un engrenage dont il est difficile de s’extraire.
Sans alternatives viables, les jeunes recrues du narcotrafic resteront piégées dans un cercle vicieux où la violence devient une fatalité et la mort, une simple variable du système.
Les criminels exploitent également les jeux vidéo en ligne pour contourner la vigilance des forces de l’ordre. Des plateformes comme Fortnite ou Call of Duty, où la communication vocale est cryptée et éphémère, servent de lieu d’échange pour transmettre des ordres et coordonner des transactions illégales. Cette stratégie empêche les écoutes traditionnelles et rend le démantèlement des réseaux encore plus complexe pour la police.
L’âge des acteurs du trafic de drogue diminue, une tendance qui s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, les jeunes sont perçus comme moins suspects par les forces de l’ordre et encourent des sanctions plus légères en cas d’arrestation. D’autre part, leur précarité socio-économique en fait des cibles faciles. Beaucoup sont issus de familles en difficulté et voient dans le narcotrafic une solution rapide pour accéder à un train de vie envié.
Les chiffres de la justice marseillaise sont édifiants : en 2023, 35 % des personnes interpellées pour des faits liés au trafic de stupéfiants avaient moins de 18 ans, contre 23 % en 2020. L’apparition de jeunes tueurs à gages a également marqué une rupture brutale dans les modes opératoires des gangs. En mars 2023, un adolescent de 14 ans a été interpellé en possession d’un fusil d’assaut Kalachnikov, après avoir été chargé d’éliminer un rival pour 50 000 euros.
Les recruteurs s’appuient sur des stratégies d’embrigadement dignes de véritables armées clandestines. Certains adolescents reçoivent une formation accélérée aux techniques de combat et aux stratégies d’évasion policière. L’usage des scooters puissants et des caches souterraines dans les cités marseillaises complique leur traque par les forces de l’ordre.
Le système judiciaire face à un mur
La montée de la violence juvénile et l’implication des mineurs dans des affaires de meurtre posent un défi de taille à la justice. Le statut pénal des mineurs, hérité des principes de l’ordonnance de 1945, est remis en question. Le ministre de l’Intérieur, lors de sa visite à Marseille en 2023, a affirmé que la législation actuelle ne permettait plus de répondre efficacement à cette nouvelle génération de criminels.
Les magistrats marseillais constatent une augmentation des mandats de dépôt pour des mineurs impliqués dans des affaires de meurtre ou de torture. En 2023, 28 mineurs ont été placés en détention provisoire pour des crimes en lien avec le narcobanditisme, un chiffre en hausse de 70 % par rapport à 2021.
Face à cette crise, plusieurs mesures sont envisagées :
- La création d’un parquet anti-stupéfiants pour accélérer les procédures judiciaires.
- Le renforcement des dispositifs de protection pour les repentis souhaitant sortir du réseau.
- L’élargissement du statut de repenti aux mineurs, afin de faciliter leur réinsertion.
La spirale infernale du narcobanditisme juvénile repose sur plusieurs piliers : la précarité sociale, la fascination pour l’argent facile et l’absence de perspectives d’avenir. Pour endiguer cette dynamique, la prévention devient un levier essentiel. Des associations marseillaises, comme Les Enfants du Cartel, tentent d’éloigner les jeunes des trafics en leur offrant des alternatives : formation, sport, accompagnement psychologique.
Des dispositifs similaires ont porté leurs fruits dans d’autres contextes. À Barcelone, un programme de médiation socialea permis de réduire de 40 % la criminalité juvénile dans les quartiers touchés par le narcotrafic. L’application de tels modèles en France reste toutefois limitée par le manque de financements et la complexité du terrain marseillais.
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